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Les défenseurs des forêts indonésiennes se préparent au potentiel incendiaire d’El Niño

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Soutenue par Age of Union, l’organisation Kalaweit protège la réserve Dulan à Bornéo, en Indonésie, contre les incendies de forêt qui se profilent dans les prochains mois.

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Chanee, fondateur de l’organisation environnementale à but non lucratif Kalaweit, pense que la réserve Dulan, dans la forêt tropicale de Bornéo, a peut-être connu ses dernières précipitations de l’année, un ultime baume pour la végétation de la région avant le début de la saison sèche.

Et il anticipe que cette saison sèche sera plus rude que d’habitude. Les scientifiques ont prédit que le phénomène climatique intermittent connu sous le nom d’El Niño surviendra dans les mois à venir, obligeant Kalaweit à se préparer au pire : des incendies de forêt dévastateurs qui pourraient ravager des écosystèmes vitaux et mettre encore plus en danger les animaux qui ont besoin d’un certain répit.

« Les incendies se produisent principalement dans les tourbières du sud, explique Chanee. On observe beaucoup de fumée pendant les incendies. Il est parfois impossible de voir à plus de 50 mètres à cause de la fumée; c’est un énorme problème de santé pour les personnes et les animaux qui vivent ici. »

El Niño est l’inverse de La Niña et désigne un changement de la température des océans et de la pression atmosphérique provoquant une cascade de phénomènes météorologiques extrêmes à l’échelle mondiale. Si La Niña se traduit par une baisse anormale de la température de l’océan et un déplacement du courant-jet vers le nord, El Niño entraîne le phénomène contraire.

En raison de cette différence structurelle, les conséquences qu’ils entraînent varient et se produisent dans différentes parties du monde. Une autre distinction majeure est qu’El Niño se produit moins souvent; La Niña s’est manifestée au cours de chacune des trois dernières années, freinant l’augmentation galopante des températures mondiales due à l’utilisation de combustibles fossiles et aux activités industrielles.

Le phénomène El Niño de cette année pourrait durer plusieurs mois, et même jusqu’à l’année prochaine, ce qui ouvrirait la voie à des vagues de chaleur record. Les Nations unies notent que les parties méridionales de l’Amérique du Sud, le sud des États-Unis, l’Asie centrale et la Corne de l’Afrique connaîtront probablement une augmentation des précipitations et des inondations.

Pour d’autres régions du monde, dont l’Indonésie, la sécheresse sera redoutable. Combinées aux changements climatiques causés par l’être humain, les répercussions sur les systèmes alimentaires, les infrastructures et la faune sauvage pourraient coûter aux pays des milliers de milliards de dollars. Le système alimentaire mondial est soumis depuis des années à des contraintes excessives exacerbées par des événements tels que l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et un super El Niño pourrait encore éroder la sécurité alimentaire. 

Des efforts sont déployés à l’échelle mondiale pour protéger les communautés des pires conséquences, mais il reste encore beaucoup à faire. Les investissements que l’Indonésie fait — ou ne fait pas — pour protéger les forêts et les communautés détermineront la façon dont on se souviendra de cet El Niño.

« Malheureusement, peu de choses sont faites pour atténuer l’impact d’El Niño, en particulier en ce qui concerne les incendies de forêt, ajoute Chanee. S’il est fort cette année, je ne suis pas très optimiste en raison de l’énorme manque de prévision. Lorsque le feu brûle déjà dans une tourbière, il est presque impossible de l’éteindre. Il ne nous reste plus qu’à attendre la pluie. »

Combattre le feu

Depuis 1998, Kalaweit protège la faune sauvage de Bornéo et de Sumatra en récupérant des animaux victimes de trafic, comme les tigres et les orangs-outans, en établissant des zones forestières protégées et en créant des coalitions pour plaider en faveur de politiques gouvernementales qui préservent les écosystèmes importants. 

Plus récemment, Kalaweit a dû consacrer davantage de ressources à prévenir et à combattre les incendies de forêt en raison de l’aggravation des effets du dérèglement climatique et du développement humain.

La hausse des températures assèche les terres et oblige les communautés à puiser davantage d’eau dans le sol et dans d’autres sources pour rester au frais, s’hydrater et soutenir les cultures et les animaux destinés à l’agriculture. Il reste donc moins d’eau pour les années à venir. Lorsque les gens abattent des arbres pour l’agriculture et le développement, les forêts environnantes s’affaiblissent et la nouvelle végétation qui pousse s’enflamme plus facilement. Le va-et-vient entre les sécheresses et les inondations affaiblit davantage la résilience des forêts. 

« La Niña a provoqué deux années de pluie, ce qui a compliqué la situation ici, explique Chanee. Nous perdons les forêts pendant El Niño à cause des incendies, puis nous n’avons plus de forêts pour retenir l’eau des pluies de La Niña, et de grandes inondations se produisent ».

Chanee rappelle que les forêts matures et intactes ne risquent pas de brûler. Les troncs hauts et les feuilles épaisses des arbres matures créent des canopées qui bloquent le soleil, ce qui permet au sol et aux sous-bois de conserver leur humidité même pendant les périodes de sécheresse. Ces forêts ont également des systèmes racinaires plus sophistiqués qui peuvent mieux retenir l’humidité. Les incendies ont beaucoup plus de mal à se développer dans ces zones fertiles. 

 

« Quand les médias évoquent les grands incendies de forêt à Bornéo, ils n’expliquent pas toujours que 70 à 80 % des terres qui brûlent sont les mêmes que celles qui ont brûlé lors du précédent El Niño, souligne-t-il. Chaque saison sèche, ce sont les mêmes tourbières qui brûlent encore et encore ».

Entre 1973 et 2015, plus de la moitié des forêts pluviales de Bornéo ont été détruites par l’exploitation forestière, en grande partie à cause du commerce de l’huile de palme et de l’exploitation minière. Cette dégradation a particulièrement affecté les forêts de tourbières, qui ont été dépourvues de leur humidité et exposées à de vastes incendies allumés par les agriculteurs locaux. Les feux de tourbières peuvent couver sous terre pendant des semaines, libérant des gaz à effet de serre et d’autres fumées toxiques et contribuant à des incendies de grande ampleur pendant les sécheresses. 

Depuis quelques années, le gouvernement indonésien déploie des efforts pour restaurer les tourbières dégradées en replantant des arbres indigènes, en réhumidifiant les zones qui ont été asséchées et en redynamisant les économies locales qui dépendent d’activités néfastes pour l’environnement. Dans les communautés où le financement et la coordination de cette démarche ont été réussis, les agriculteurs ont fait état d’une amélioration de leurs revenus et d’une diminution du nombre d’incendies, ce qui prouve que les tourbières en bonne santé ont un effet dissuasif.

La prévision est essentielle  

Kalaweit a pris des mesures pour protéger la réserve Dulan. Grâce au financement d’Age of Union, l’organisation a pu agrandir et former son équipe, investir dans de nouvelles technologies et infrastructures, et développer des stratégies de défense de la forêt.

Beaucoup d’efforts sont consacrés à l’identification et à la protection des zones sujettes aux incendies. Pour ce faire, Kalaweit consulte des cartes et des données, débroussaille en bordure des chemins pour créer des pare-feux et effectue des patrouilles aériennes dans la réserve. Si, au début de la saison sèche, ils observent quelqu’un allumant un feu, que ce soit pour défricher une zone agricole ou pour éliminer des déchets, ils l’informent que si le feu prend de l’ampleur, il sera tenu pour responsable et devra payer une amende au gouvernement. Cette mesure permet d’éviter que les incendies ne deviennent incontrôlables. 

 

Kalaweit travaille également avec des organisations locales pour sensibiliser les communautés aux risques croissants des incendies de forêt et à l’importance de la conservation. 

« Avec l’aide d’Age of Union, nous avons construit de nombreuses tours d’eau dans le sud, relate Chanee. L’objectif est de détecter tout feu de forêt le plus tôt possible afin de le maîtriser ».

Les tours d’eau de Kalaweit ont été installées dans des zones à haut risque. Des gardes forestiers spécialisés se sont entraînés pour être prêts à intervenir lorsque de réelles alarmes se déclencheront. Lors de la simulation, un avion lance une fusée fumigène dans la réserve, et l’emplacement est ensuite communiqué à une équipe de pompiers qui se rend sur les lieux en bateau et à pied. Une fois sur place, les pompiers raccordent des tuyaux aux stations d’eau et se préparent à éteindre ces incendies simulés.

Naturellement, le corps des pompiers indonésiens est mieux équipé pour éteindre des incendies plus importants, mais la brillante équipe de Kalaweit peut atténuer le risque d’incendies qui nécessiteraient une intervention plus sérieuse.

Face à l’aggravation de la crise climatique, les scientifiques et les décideurs politiques comprennent qu’il est pratiquement impossible de contenir les nouveaux méga-incendies qui se déclarent et que la meilleure stratégie à adopter est celle de la prévention et de la résilience. D’une manière générale, cela signifie qu’il faut éliminer progressivement les combustibles fossiles pour limiter l’augmentation de la température et mettre un frein aux pratiques industrielles qui entraînent la déforestation.

In Indonesia, Kalaweit campaigned to double the Dulan Reserve to protect roughly 1,500 hectares of forest until 2022, when Age of Union helped secure the remaining 750 hectares, now known as the Kalaweit x Age of Union reserve. The project aims to shield local wildlife, enable sustainable agriculture, and foster local conservation jobs. It also mounts a serious defense against the fires, El Niño or otherwise, that linger on the horizon.

En Indonésie, Kalaweit a fait campagne pour doubler la superficie de la réserve de Dulan afin de protéger environ 1 500 hectares de forêt jusqu’en 2022, date à laquelle Age of Union a permis de sécuriser les 750 hectares manquants. La réserve est désormais connue sous le nom de Kalaweit x Age of Union. Le projet vise à protéger la faune et la flore locales, à permettre une agriculture durable et à favoriser les emplois locaux dans le domaine de la conservation. Il constitue également une défense solide contre les incendies, El Niño ou autres, qui se profilent à l’horizon.

« Durant les saisons sèches des pays tropicaux proches de l’équateur, les forêts qui n’ont jamais été perturbées par les humains ne brûleront jamais, et ce, même après une année de saison sèche, » conclut Chanee.

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